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1On m'a si souvent dénigrée et tellement prêté de travers qu'il est enfin temps de rétablir la vérité.
Je ne veux pas me faire meilleure que je ne suis en réalité. Chacun a ses qualités et ses défauts. Moi, tout comme les autres, mais je ne hais rien tant que la calomnie.
J'en ai assez d'être la tête de turc de certains échotiers venimeux. On m'a reproché tant de choses que le public, s'il croyait tout ce qu'on a écrit sur moi, finirait par se faire une bien curieuse idée de ma personne.
Il est vrai que je m'emporte facilement. Mais on oublie de préciser que lorsque je me mets en colère, c'est généralement parce qu'on m'a attribué des propos ou des actes totalement inexacts.
Il est vrai que j'ai tourné souvent avec l'homme que j'aimais. Me l'a-t-on assez reproché? Et pourquoi n'aurais-je pas joué avec celui que j'aimais! S'il m'est plus facile, à moi, de jouer ainsi les scènes de passion!
Il est vrai également que je me suis parfois laissé entraîner, dans un mouvement d'humeur, à faire des déclarations que je regrettais plus tard d'avoir faites. Mais je suis honnête et je n'ai jamais manqué par la suite de reconnaître mes torts, lorsqu'ils étaient fondés.
Je regrette d'avoir giflé Mistinguett, alors que je n'étais encore qu'une pauvre petite girl au Moulin Rouge. Je défie bien quiconque de prouver que je me sois jamais vantée publiquement de cette algarade. Et, par deux fois déjà, dans des interviews recueillis par des journalistes, j'ai tenu à faire amende honorable de mon attitude passée.
Il est vrai que je n'ai pas tourné que des chefs-d'oeuvre. Mais que celui ou celle qui n'a jamais été la vedette d'un mauvais film me jette la première pierre?
J'aime trop l'honnêteté et la franchise pour me prêter à des manoeuvres hypocrites et pour fuir mes responsabilités.
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2Ce que je pense, je le dis. Brutalement, sans faux-fuyant, dussé-je choquer par ma sincérité ceux qui, comme vous, me lisent aujourd'hui. C'est ainsi qu'un journaliste m'a, un jour, écrit pour me demander qui était ma meilleure amie. Et voici ce que je lui ai répondu: je n'ai pas d'amie car je ne crois plus à la possibilité d'une amitié véritable et durable entre deux femmes, surtout quand il s'agit d'une actrice. Notre drame ou plutôt, l'un de nos drames est, en effet, de ne pas être vues sous notre aspect véritable, ni en amitié, ni en amour. J'ajoute aujourd'hui, pour exprimer toute ma pensée, que je ne crois pas davantage à l'amitié entre les autres êtres. Que nous le voulions ou non, nous trichons de plusieurs façons, car nous sommes toujours irrémédiablement seuls.
Mon enfance n'a pas été très heureuse. J'étais une très mauvaise élève… et je le déplorais. Mais surtout je dus quitter l'Ecole Supérieure après ma deuxième année pour gagner ma vie tout de suite. Toute gamine, il a fallu m'initier à l'art de peindre sur matière plastique avant d'être employée dans un atelier où, tout le jour durant, j'enfilais des perles pour en faire des colliers. Dans un autre atelier, j'étais chargée de ramasser, avec un aimant, les aiguilles et les épingles qui se logeaient entre les rainures du parquet.
De quatorze à vingt-trois ans, j'ai joué à Paris, gagnant peu à peu et très difficilement du terrain. D'abord, en qualité de figurante au Théâtre Sarah Bernhardt dans «L'Arlésienne» (mon cachet était de six francs par jour) puis au Music-Hall. J'ai appris à danser et je suis restée quelques mois dans le «French Cancan» à Tabarin, avant d'interpréter quantité de revues, d'opérettes chez les chansonniers et dans les théâtres du Boulevard.
J'ai figuré aussi dans de nombreux films avant d'être vedette et j'ai posé pour les photographes.
Si j'ai tant peiné pour arriver, je sais en revanche quelles satisfactions m'a apporté mon travail. Celui-ci m'a permis d'oublier la vulgarité et la dureté de la vie, de cette vie difficile que je ne souhaite pourtant à personne de connaître, s'il n'est pas armé d'un grand courage.
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