June ALLYSON (1917 / 2006)
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Quelle est votre actrice hollywoodienne préférée? A cette question, peu de cinéphiles, et encore moins parmi la gent masculine, songeraient à June Allyson. Abordons le sujet d'une autre manière : Aimez-vous June Allyson? Si sondage il y avait, je suis prêt à parier que le résultat serait tout autre, et que peu de consœurs de cette charmante actrice pourraient se vanter d'un score aussi flatteur. Car June Allyson symbolise dans nos fantasmes de cinéphiles machistes la petite amie respectable, l'épouse parfaite capable de vous mijoter les meilleurs petits plats tout en élevant dans les règles de l'art une progéniture prête à reproduire ces clichés éculés qui nous poussent à séparer définitivement ces deux images typiquements masculines de la femme éternelle: la maman et la putain. Que cette psychologie du dimanche, si peu appropriée au sujet du jour, ne vous rebute pas: the June Allyson story est d'une toute autre veine ! |
F32 - June Allyson ou le grillon du foyer …
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Eleanor (Ella) Geisman est née le 7 octobre 1917, à New York, dans le quartier du Bronx. Elle n'a pas six mois lorsque son père, fils d'immigrants hollandais, alcoolique, abandonne la maison familiale. Sa tendre enfance s'écoule modestement dans ce quartier mal réputé de la métropole américaine où sa mère tient de petits emplois: opératrice de téléphone, caissière de restaurant, … A l'âge de 9 ans (selon certains biographes) ou de 12 ans (déclaration de l'intéressée), la fillette est victime d'un grave accident qui va l'obliger à porter un corset métallique pendant plusieurs années. Blessée par la chute d'une branche tandis qu'elle circulait à bicyclette, promise à une claudication définitive, elle ne devra qu'à la pratique de la natation de retrouver une bonne partie de ses moyens, au point de pouvoir satisfaire son plaisir inextinguible de la danse. Grande admiratrice de Fred Astaire, avec une forte tendance à se prendre pour Ginger Rogers, dotée d'une voix tout aussi charmante que particulière (si peu familière à nos oreilles européennes trop habituées aux doublages vocaux), elle travaille avec tant d'acharnement qu'elle ose bientôt se présenter devant les producteurs de revues musicales et autres spectacles dansants. Elle fait ainsi ses (modestes) débuts de chorus girl à Broadway, dès 1938, dans une revue écrite et composée par les célèbres Lorenz Hart Mais les spectateurs de salles de cinéma attentifs, et quelque peu doués de talents prémonitoires, auront pu l'apercevoir dans les choeurs ou ballets de courts métrages musicaux dès l'année précédente («Sing for Sweetie», etc). | ||||||
Elle est entrée dans la carrière …En 1938, June Allyson est engagée comme doublure de Betty Hutton En 1939, toujours à Broadway, un jeune metteur en scène monte un spectacle musical écrit par Oscar Hammerstein Car, à cette époque, Eleanor Geisman n'a pas encore décidé de son avenir, hésitant à entreprendre des études médicales et à abandonner définitivement la scène. En 1941, George Abbott, qui monte «Best for Forward», engage June Allyson pour le principal rôle féminin, Minerva. Dans la troupe, un jeune chorégraphe a déjà fait parler de lui: Gene Kelly Le public américain ayant réclamé la jeune vedette de «Best for Forward», June Allyson signe un contrat avec Louis B.Mayer | ||||||
La petite fille de la porte à côté …De petite taille, pourvue d'un physique somme toute assez commun, la nouvelle actrice apparaît aux yeux des Américains comme “the girl next door (la petite fille d'à côté)”. Devenue familière, totalement asexuée, elle pousse davantage la chansonnette qu'elle ne danse dans des comédies musicales sans grande envergure («Girl Crazy» en 1943, «Music for millions» en 1944, … ). En 1944, Lucille Ball Comme le petit Van Johnson par exemple, son partenaire dans «Two girls and a sailor» (1944), bien propre sur lui, et avec lequel elle va former un couple exemplaire du cinéma convenable: «High barbaree» (1947), «the Bride goes wild» (1948)", «Too young to kiss» (1951) … Rien de majeur dans tout celà, avant que Gene Kelly ne la prenne enfin dans ses bras de Gascon d'outre-Atlantique. D'Artagnan aérien, il lui faut une Constance Bonacieux de bon aloi pour l'empêcher de tomber dans les griffes de l'ignoble Lady de Winter, incarnée par une Lana Turner pleine de sensualité. Une version des «Trois Mouquetaires» à la sauce hollywoodienne, riche de technicolor, de capes onduleuses et d'épées rutilantes qui se laisse regarder sans déplaisir. Sauf par June, qui se trouve ridicule en costume d'époque. En 1949, la nouvelle version de «Little women / les quatre filles du Dr March», réalisée par Mervyn LeRoy, lui procure une immense satisfaction. A la joie qu'elle éprouve de partager les rôles titres avec Elizabeth Taylor, Margaret O'Brien et Janet Leigh s'ajoute le sentiment d'être proche du personnage principal, autrefois incarné par Katharine Hepburn, celui de la jeune Jo dont l'ambition de devenir écrivain reflète le portrait sans doute fidèle de l'auteur du roman, Louisa May Alcott En août 1948, la jeune femme étant persuadée de ne pouvoir être mère à la suite de son accident de jeunesse, le couple a adopté une petite fille, Pamela, née le 18 juin de la même année. Lorsque, en 1950, Richard / Dick Jr s'annoncera par des voies plus naturelles, June devra renoncer à son rêve le plus cher: être la partenaire de Fred Astaire dans «Royal wedding». Le rôle échoira à Jane Powell. | ||||||
L'épouse consciente de ses devoirs …La petite fille a grandi … Enfin, c'est une expression ! Elle s'est muée en une “dutiful wife”, une femme consciente de ses devoirs d'épouse et de mère. Un rôle qu'elle tiendra à trois reprises aux côtés de James Stewart. C'est lui qui l'a choisie comme partenaire pour leur premier film en commun, «the Stratton story» (1949), histoire d'un joueur de base-ball qui se blesse avec son fusil de chasse et doit subir l'amputation de la partie inférieure d'une jambe. Cette histoire typiquement américaine, tirée d'un fait divers réel, va toucher l'Amérique profonde, lui redonnant confiance en son avenir d'après-guerre. Malgré leur différence de taille (June assurera qu'elle n'eut jamais à utiliser un tabouret pour embrasser son partenaire !), les deux comédiens remportent un succès qui appelle une suite. Et pourtant, le rôle était initialement prévu pour … Van Johnson ! En 1953, le couple se reconstitue autour de la biographie du tromboniste et chef d'orchestre jazzie Glenn Miller James Stewart, nous en reparlerons sans doute un jour, exécuta pendant la Seconde Guerre Mondiale, une vingtaine de missions de bombardement en tant que pilote, au dessus de l'Europe occupée. Au milieu des années cinquante, à l'issue de la Guerre de Corée, en pleine “Guerre Froide”, l'Aviation américaine a dû rappeler ses réservistes, décision mal comprise par la population. L'US Air Force souhaite utiliser le cinéma afin de redorer son blason. L'affaire est confiée à Anthony Mann, le rôle principal revenant de droit à James Stewart qui décide de se “remarier” avec June Allyson. «Strategic Air Command» (1955), malgré son succès public indéniable, nous laisse aujourd'hui le souvenir d'une grosse machine au vol plutôt lourd. | ||||||
De films et d'autres …Au cours de cette décennie, June Allyson fait quelques infidélités intelligentes à son “époux” de prédilection. Et c'est avec bonheur que l'on découvre sa participation à la guerre de Corée où, en tant qu'infirmière, elle assiste le docteur Humphrey Bogart, au passé douloureux («Battle Circus / le Cirque infernal», 1953). En 1955, pour des raisons déjà évoquées, l'US Air Force met ses héros à l'honneur. Le Capitaine Joseph McConnell, sous les traits d'Alan Ladd, nous raconte son histoire («the McConnell story / le Tigre du ciel»). Lui aussi a “épousé” June Allyson, décidément très demandée … Sont-ce leurs petites tailles qui favorisent le rapprochement des deux acteurs au point de mettre en danger leurs mariages respectifs? Mais tout rentre dans l'ordre, et chacun dans son foyer… La même année, le trop rare José Ferrer Ce qu'elle fera bien vite, au point d'épouser son valet de chambre ! («My Man Godfrey», 1957). | ||||||
Une retraite anticipée …Le temps des comédies musicales a vécu. Le cinéma familial laisse la place à d'autres mouvements, comme la “nouvelle vague” française, ou l'apparition des réalisateurs de la télévision américaine derrière les caméras du septième art. En 1959, June Allyson s'éloigne des studios, officiellement pour seconder son époux dans sa nouvelle carrière de producteur. Celui-ci est en effet la la tête de la Four stars, compagnie essentiellement tournée vers la télévision, qui produisit le «June Allyson Show» (1959/1961) et le «Dick Powell Show». En 1963, son mariage avec Dick Powell bat de l'aile lorsque l'acteur, gros fumeur, décède d'un cancer de la gorge. Devenue dépendante de l'alcool, l'actrice est appelée devant les tribunaux par sa belle mère qui désire obtenir la garde de ses petits-enfants. En 1963, puis en 1966, June Allyson épouse à deux reprises Dick Maxwell, qui fut autrefois son coiffeur, mariages qui se soldent par deux divorces. De 1963 à 1975, on la voit souvent en compagnie de l'écrivain et metteur en scène Dirk Wayne Summers, devenu le tuteur légal de ses enfants depuis le verdict du procès, favorable à l'actrice. En 1972, elle revient au cinéma, interprétant le rôle d'une lesbienne meurtrière dans «She only kill their masters». Mais le public refuse toujours de la voir tenir les mauvais rôles. En 1976, elle épouse le dentiste David Askrow, qui l'aide à mener une vie plus saine et plus sereine. A la fin de la décennie, on peut voir le couple en tournée théâtrale («My daugher, my son»). A l'abri du besoin, elle se partage désormais entre ses apparitions télévisées et ses participations à des oeuvres charitables (the June Allyson Foundation ...). En 1984, elle est élevée au rang de grand-mère par son fils Dick/Ricky/Richard, le nouveau né perpétuant par son nom la lignée paternelle: Richard Powell III. En 1985, elle fait, aux côtés de James Stewart, une tournée en Europe pour la reprise de «the Glenn Miller story», le célèbre couple nous gratifiant à cette occasion d'une apparition au Festival de Cannes. Neuf ans après Jimmy, June Allyson décède le 8-7-2006, à Ojai, Californie, à la suite de complications respiratoires. Leur romance cinématographique restera éternellement inachevée … | ||||||
DocumentsDans sa planche N°36, la Chambre Verte de 2006, Marlene Pilaete a consacré une page à June Allyson. Sources : Show de Larry King sur la chaîne TV américaine CNN (4-7-2001), the Official June Allyson Website, Imdb, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine. June Allyson : "Dans la vie réelle, je suis une piètre couturière et une dangereuse cuisinière: rien de l'épouse parfaite !" (source Imdb) © Christian Grenier, février 2008 |
(Ed.5.2.2 : 20-8-2009)

















