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Sir Alec GUINNESS (1914 / 2000)

Alec Guinness

Alec Guinness …

Ce nom évoque pour nous un héros shakespearien et il incarne dans nos esprits le gentleman anglais par excellence !

Connu pour ses grands rôles dans les films de David Lean, il est par ailleurs bien repéré par les jeunes générations pour son rôle du sage Obiwan dans «Star Wars» …

Pour certains, il est ce fabuleux colonel du «Pont de la Rivière Kwai», pour d’autres, il est le prince du désert dans «Lawrence d’Arabie», pour d’autres encore l’homme aux nombreux visages de «Noblesse Oblige». Et souvenons-nous du très aristocratique Comte de Dorincourt dans «le Petit Lord Fauntleroy».

J’ai voulu connaître davantage l’être humain  qui se cachait derrière l’acteur mondialement connu et j’ai  pu entrevoir, car l’homme est très pudique et secret, quelqu’un d’intelligent, d‘exigeant, de lucide, doté d’un humour très fin,   mais aussi  bien mystérieux ! En un mot le personnage est vraiment riche …

Je vous invite à le découvrir  à travers la page que j’ai composée sur lui …

Que la force soit à jamais avec toi ! Sir Alec !

H32 - Sir Alec Guinness, au service de sa Majesté …

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Des débuts compliqués …

Alec Guinness fut d’abord un petit garçon rouquin, à la frimousse couverte de taches de son. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ses débuts dans la vie sont assez compliqués! Réalisez: il n’aura pas fêté ses 14 ans qu’il aura reçu trois patronymes différents et successifs! De quoi s’y perdre! Il écrira à ce propos: "Je suis né dans la confusion …"

Mais prenons les choses dans l’ordre …

Il ouvre ses yeux sur notre monde, le 2 avril 1914 à Londres, dans le quartier de Marylebone. Son acte de naissance lui attribue comme nom Alec Guinness de Cuffe. Sa maman est Agnès Cuffe. Mais la ligne qui pourrait lui donner une indication sur l’identité de son géniteur reste sibylline.

Toute sa vie, sans que cela devienne une idée fixe, il essaiera tout de même de résoudre cette énigme, mais ne trouvera pas vraiment de réponse précise. Qui était ce Guiness mystérieux? Il pensera à un “prête-nom” et arrivera par recoupements et témoignages à la conclusion qu’il était sans doute le fils biologique d’Andrew Geddes, un administrateur de l’Anglo-south American Bank, un homme installé dans la vie et ne pouvant décemment le reconnaître officiellement. Mister Guinness serait un ami qui aurait accepté cette paternité administrative …

Une enfance sinistre …

Il a 5 ans quand sa maman, qui exerce entre autre, le métier de serveuse à mi-temps, épouse un capitaine écossais, David Stiven. Ce dernier lui accole d’office son propre nom, faisant ainsi de lui Alec Stiven. Mais l’enfant déteste ce beau-père redoutable, violent, et même sadique! Alec se souvient du revolver accolé à sa tempe et de la menace de le tuer et de se supprimer après, pour que sa mère Agnès obtempère aux caprices de son compagnon !

De cette époque de jeunesse, il lui reste des images tragiques, le souvenir d'un appartement sombre au dernier étage d’une maison de St John ‘s Wood, une impression de maison hantée, des réminiscences de cauchemars … Seule l’amitié de la vieille actrice du rez-de-chaussée lui laisse un sentiment de tendresse amusée.

Il a tout juste 6 ans quand il entre comme pensionnaire à l’école Normandale. Il n’y reste que 6 mois. Des déménagements, des séjours dans des hôtels minables, aux rideaux crasseux … Son seul plaisir : faire flotter un petit bateau dans le tub qui lui sert de baignoire …

C’est à ce moment là tout de même qu’il va découvrir le monde du spectacle au Coliseum. La vedette en est Nellie WallaceNellie Wallace, dont il ne tarde pas à tomber amoureux ! Alec est un garçon solitaire ! Sa mère et son beau-père sont loin d’être des parents responsables.

Heureusement pour lui, leur mariage ne tient pas plus de trois ans. Il apprend alors qu’il s’appelle Alec Guiness. Plus de Stiven et plus de Cuffe!

Dès qu’il arrivera à décrocher un petit emploi, il coupera totalement les ponts avec sa mère.

Encore des déménagements, et une scolarité perlée, des pensions, où il reçoit quelques visites toujours très courtes de sa maman … Alec a la chance d’être intelligent et curieux de tout. Cela le sauvera de cette vie bien pauvre sur le plan affectif.

Il découvre les secrets de la vie par des plus grands que lui, guère mieux initiés. C’est ainsi qu’il raconte de façon savoureuse dans sa biographie, comment il fut instruit sur la fabrication des bébés: "Tu fais échapper de ton corps, un pépin noir qu’il faut absolument savoir attraper et mettre dans un placard. Tu l’offriras à celle que tu épouseras …" Et elle saura transformer le pépin en bébé … Le jeune Alec est perplexe et quelque peu inquiet sur son adresse à “attraper le fameux pépin noir” pour plus tard …

Rassurons-nous: le temps venu, il trouvera de lui-même la solution à ce problème puisqu’il sera le père d’un petit Matthew en 1940 !

Le théâtre …

Il grandit … Il a maintenant 16 ans.

Pendant l’hiver 1930, il se rend dans un petit théâtre vieillot de Bournemouth et assiste à la représentation de deux pièces d’Ibsen, «L’orage» et «Les revenants». Les comédiens sont Sybil ThorndikeSybil Thorndike, une amie de George Bernard Shaw, et Lewis Casson_. L'adolescent est impressionné; tout le captive, et en particulier les décors, les effets spéciaux de ce terrible “orage”. C’est le début de sa vocation …

Après le collège, et une fois adulte, il se lance dans la publicité, sans conviction. Tout son argent passe dans des places de théâtre! Il découvre les grands tragédiens et les héros shakespeariens. Il finit par s’inscrire au Fay Compton Studio of Dramatic Art. Mais rien n’est facile au départ: on lui assène qu’il n’a aucun talent! Il persiste malgré tout … John GielgudJohn Gielgud le repère et lui offre le rôle d’Hamlet dans sa troupe du Quenn’s (1934). Puis il rejoint le théâtre londonien Old Vic où il fera la connaissance de Margaret LeightonMargaret Leighton. Ses professeurs se nomment Martita Hunt, Tyrone Guthrie, Edith Sitwell.

Il va accrocher à son répertoire les plus grands rôles: Hamlet, Richard III, Macbeth … et les héros de George Bernard Shaw.

Même s’il n’a pas le magnétisme magique du grand Laurence OlivierLaurence Olivier, ni le charisme de Ralph RichardsonRalph Richardson, certainement les deux plus grands acteurs anglais de l’époque, il a une qualité que n’ont pas les deux autres: l’abnégation. Il s’efface pour être le personnage qu’il incarne. Il dira ne pas chercher à créer des personnages mais plutôt des existences, et on le dira maître du geste invisible et des non-dits …

Pour cette raison, toute sa vie, il aura finalement du mal à venir à bout des grands héros de théâtre, obligé qu’il sera de prononcer obligatoirement chaque mot des textes écrits. Contrairement à beaucoup d'autres, le cinéma lui conviendra davantage …

Quel homme est-il à ce moment là ?

Gêné par sa calvitie précoce qui fait ressortir ses oreilles en pointe, il refusera obstinément de porter des postiches ou tout autre artifice, sauf pour les besoins du cinéma. Il ne se trouve pas séduisant, il est gauche, son regard est un peu vide … Pour tout dire, il est “ordinaire” . Très timide, il ne parle pas de lui à la première personne et a du mal à regarder les gens dans les yeux. Il s'exprime très doucement, amenant les autres à baisser le ton …

Alec n’a donc pas une énorme confiance en lui, mais il est humble et compense ses faiblesses par un énorme travail. Il sera appelé “Monsieur Anonymat” … "L’anonymat est à Alec ce que la Manche est à l’Angleterre c’est-à-dire son système de défense … Il est insondable", écrira-t-on à son propos.

Ajoutez tout de même à ce portrait un don d’observation remarquable, un humour intelligent, un goût du mystère dont nous reparlerons. Il doit cependant lutter contre une tendance à une certaine auto-destruction.

C’est donc en 1934 que sa carrière est vraiment lancée. C’est aussi l’année de sa première apparition sur le grand écran dans un film mineur, «Evensong». L'impression qu’il en garde est négative et il se jure sur le moment de ne jamais revenir à ce 7e art.

Du théâtre encore, avec un rôle dans «Les frères Karamazov» de Dostoïevski. Mais la guerre est déjà de retour: Alec est enrôlé dans la Royal Navy …

La Guerre …

En ce début des années noires, Alec n’a pas envie de quitter sa jeune femme Merula, qui va le rendre père. Il se porte volontaire pour assurer une présence et un soutien dans les hôpitaux. Mais après la naissance de Mathew, il reçoit sa feuille de route et va être engagé dans la Royal Navy.

Il se retrouve dans la même unité que l’acteur Peter BullPeter Bull. Ensemble, ils vont préparer le concours des officiers de la réserve volontaire de la Royal Navy. Il décrochera ce grade et managera avec beaucoup de mal un équipage de 20 hommes. Lucide et intelligent, il sera conscient de ses erreurs.

Après une première affectation en Écosse, il rejoindra son bâtiment attitré aux États-Unis. Ensuite, cap sur l’Algérie et la petite ville de Djidjelli où il aura l’occasion de rencontrer, toujours avec Peter Bull, les actrices Vivien LeighVivien Leigh et Beatrice LillieBeatrice Lillie. Un petit coin de ciel bleu au milieu du drame de la guerre …

Les Balkans, la mort de très près en 1944, sur les côtes de Yougoslavie (l’entrée dans le port de Vis lui sera refusée et son bateau se brisera sur les rochers; il n’aura que le temps de donner l’ordre d’évacuation, sauvant ainsi l’équipage), Malte, l’Ile d’Elbe, Naples et enfin le retour à Liverpool. Il aura été séparé de son épouse et de son petit garçon quatre longues années.

Les principaux films …

Attachons-nous à rappeler les principales étapes de la carrière cinématographique d'Alec Guinness …

  • Sa chance s’appelle David Lean. Le réalisateur le choisit pour «Les grandes espérances» (1946) avec John Mills. Il y joue le personnage d’Herbert Pocket. Il apprend que David Lean a dans ses projets un «Oliver Twist», d’après Dickens bien sûr. Alec insiste pour jouer Fagin, mais il est un peu jeune. Il sait se montrer assez convaincant pour décrocher le rôle. Il se transforme à merveille, mais l’époque est très dure et l’on voit dans son interprétation une caricature juive outrageante. Des scènes seront coupées et le film ne sortira qu’en 1948.
  • Robert Hamer va le remarquer et l’engager pour plusieurs rôles. Et tout d’abord «Noblesse oblige» en 1949.Il y incarne 8 personnages de la famille D'Ascoyne, dont une femme: huit performances de virtuose !
  • «Father Brown/Détective du Bon Dieu » (1954)

    Nouvelle collaboration avec Robert Hamer

  • «Le cygne» de Charles Vidor (1955)

    Si ce film lui permet de partager l’affiche avec la star américaine de l’époque, Grace Kelly, ce n’est pas pour autant un grand succès. L’intrigue est un peu trop mièvre et le prince gauche et amoureux qu’il incarne n’est pas vraiment fait pour lui. Il ne peut bâtir vraiment un personnage comme il sait le faire autour d'un sujet bien charpenté.

  • «Le pont de la rivière Kwai» (1957)
  • Avec ce film, Alec, qui était considéré comme un acteur intéressant, va gagner ses galons de grande star de l’écran. 50 millions d’Américains vont voir cette histoire de la guerre contre le Japon, sans compter ceux des autres pays … Alec y campe le colonel anglais Nicholson, prisonnier des Japonais, stupide et en même temps héroïque, avec beaucoup de dignité. Il réussit à changer l’image que les intellectuels gardaient de lui: un pince sans rire. Il impose son style comme un comédien dramatique. En un mot, il est crédible.

    Pourtant, il faut savoir qu’il a refusé le rôle trois fois à David Lean. Tout d’abord, le tournage devait se passer à Ceylan et Alec n’aime pas s’éloigner de son épouse et de son fils. Lean “menace” de faire appel à Charles Laughton, mais au fond, c’est Alec qu’il veut dans le rôle et personne d’autre.

    Alec obtient pour ce rôle l’oscar 1957 du meilleur acteur. C’est tout gauche et très gêné qu’il ira recevoir la fameuse statue, marmonnant quelques mots de remerciements alors que la salle applaudit à tout rompre. Autres récompenses pour ce même film, le Golden globe du meilleur acteur, le prix des critiques de New-York et le prix de la British Academy.

  • «Lawrence d’Arabie» (1962)

    Autre grand film au succès tout aussi planétaire, toujours signé David Lean. Alec y incarne le Prince Fayçal, prince arabe que Lawrence / Peter O’Toole, jeune lieutenant britannique effronté, rencontre, en plein désert pour sonder ses intentions et évaluer la situation. Nous sommes en pleine première guerre mondiale. Aux côtés de ces deux grands acteurs, d’autres grands noms tels Omar Sharif, Anthony Quinn, José Ferrer. Une réalisation de grande envergure qui dure presque 3 h et demi et qui ne remportera pas moins de 7 oscars !

  • «La chute de l’empire romain» (1964)

    Alec Guinness incarne l’empereur Marc-Aurèle dans cette grande fresque historique.

    Tourné pendant l’hiver 62/63, dans les environs de Ségovie au cœur de l’Espagne, ce vraiment très long métrage ne lui laisse pas un souvenir impérissable. Il avouera d’ailleurs ne pas avoir été capable d’en voir plus de 20 minutes; les dialogues en particulier ne lui paraissaient pas assez forts. "Veillez sur mes pensées quand je serai mort" lui semblait d’une outrecuidance très sotte.

  • «Docteur Jivago» (1965)

    Tout le monde connaît bien ce film culte, tiré du roman de Boris Pasternak, produit par Carlo Ponti et mis en scène par David Lean sur une musique de Maurice Jarre. Alec y incarne le demi-frère du héros principal Jivago, incarné par Omar Sharif. Et c’est lui que nous voyons dès la première image du film dans une scène où il essaie de retrouver sa nièce, fille de Jivago et de la mythique Lara.

  • «Les dix derniers jours d’Hitler» (1972)

    Il n’hésite pas à endosser le rôle du dictateur germanique en personne avec l’immense mérite de ne pas céder aux clichés habituels.

  • «Le petit Lord Fauntleroy» (1980)

    Emouvante histoire que ce chef d’œuvre de la littérature enfantine, d’après le roman de Frances H. Burnett bien adapté à l’écran. Alec y joue un grand-père aristocrate très britannique, très ancré dans ses traditions et qui doit se résoudre à reconnaître un petit-fils américain comme seul descendant. Petit à petit il va se laisser apprivoiser par l’adorable blondinet Ricky Schroder qui joue le rôle du petit Lord Fauntleroy. Film réussi, avec pour cadre le magnifique château de Belvoir Castle, à Grantham dans le Leicestershire.

  • «La guerre des étoiles» (1977, 1980, 1983).

    Sa carrière est au point mort quand il se voit proposer cette étrange présence dans cette saga à épisodes au succès immense et mondial. Il y tient le rôle de Obiwan Kenobi, le vieux sage de la grande épopée intersidérale. Pour cela il se sera laissé pousser la barbe, mais il n’en dévoilera pas le motif comme s’il avait un peu honte de participer à cette aventure. Sincère et sans concession comme toujours, il avouera détester ce rôle dont il qualifiera les répliques de banales. Mais c’est de cette façon qu’il se fera connaître des plus jeunes générations. "Que la force soit avec toi à jamais, Obiwan !" … trouve-t-on toujours sur les forums des jeunes adeptes de cette fameuse série.

Alec Guiness, comme on l’aura compris, était un acteur et tragédien, d’une distinction très “british”, exigeant dans ses choix, privilégiant la qualité. Il prendra des risques cependant qui en étonneront plus d’un. Mais, même dans les rôles plus légers ou plus “modernes“, il apportera sa marque. Il est absolument inoubliable dans ses plus grands films.

"Mais" disait David Lean, "c’est un des hommes les plus secrets que j’aie rencontrés, très introverti qui garde son mystère comme le font les moines du Tibet".

Spiritualité et surnaturel …

Alec Guinness est un homme originellement athée, même s’il reçoit une éducation religieuse. Il va bien vite se découvrir une foi très personnelle, qui le mènera d’abord vers la religion anglicane puis vers le catholicisme. Son cheminement spirituel si particulier doit être pris en compte pour appréhender la personnalité hors du commun de ce comédien. On devine une propension à se livrer à une grande introspection, mais aussi une profondeur et une grandeur d’âme. Tout cela transparaîtra inévitablement dans ses interprétations au théâtre et au cinéma.

Par ailleurs, il est attiré par les sciences occultes - notamment les tarots - , avoue un certain penchant pour le surnaturel, croit aux prémonitions … Il attribuera ces penchants à des origines celtiques , qu’il se sera découvertes. Il raconte à ce propos une bien étrange histoire …

Intelligent et fin, il “déchiffre” très facilement ses interlocuteurs et se montre capable de lancer des piques de façon caustique mais suffisamment adroite pour que sa victime ne s’en aperçoive pas trop vite!

Pour en terminer avec cet aspect de sa personnalité, lisons les dernières lignes de son ouvrage autobiographique, «Blessing in Disguise» …

Vie privée et familiale …

Un biographe aura fait paraître, quelques mois après sa disparition, un livre où il évoquera l’homosexualité d’Alec Guinness. A partir de cette seule source, plusieurs échotiers reprendront cette information comme étant un fait acquis, sans que l’intéressé n’ait jamais livré la moindre confidence à ce sujet. Pour notre part, nous choisissons de ne pas chercher à savoir … Chacun a droit à son jardin secret et Sir Alec savait bien préserver le sien.

On ne lui connaîtra qu’un grand amour, son épouse Merula Salaman. Il la rencontre en 1935. Elle est sa partenaire dans la pièce «Noé» d’Obey. Elle incarne à merveille le tigre alors que lui est un loup mollasson. Ils se fiancent au printemps 1938 à l’occasion d’une répétition du «Marchand de Venise», avant de se marier en juin de la même année à Reigate. Elle est nettement plus jeune que lui mais le couple qu’ils formeront sera indestructible. Merula sacrifiera sa carrière pour suivre son mari.

A la fin de sa vie, il écrira d’elle : "Ma plus grande amie, la meilleure et la plus aimante est encore, Dieu merci, à mes côtés".

Le couple aura un fils, Matthew (né en 1940), un comédien qui fait une honorable carrière notamment à la télévision (on put également le voir au cinéma, figurant au même générique que son géniteur, dans «The Card», en 1952). Alec sera un père responsable et affectueux, détestant être loin de son garçon. Puis, il cultivera un art très agréable, celui d’être grand-père de deux petites filles, Sally et Bethany, et il éprouvera une grande joie avec la naissance du tout petit Otis Marlon, le fils de Sally. Sa dynastie ainsi établie, il aura cette fierté d’avoir bâti en patriarche sa petite tribu.

Les honneurs et les récompenses …

Alec Guinness se verra annobli en 1959 par la Reine Elisabeth II d’Angleterre, devenant ainsi Sir Alec Guiness, honneur qu’il acceptera avec beaucoup de fierté et de noblesse si l’on peut dire … Mais il sera très touché de cette haute marque d’estime. Il faut dire qu’il incarne tellement bien un gentleman britannique !

Outre son oscar en 1957 pour sa magnifique interprétation dans «Le pont de la rivière Kwai» , la glorieuse Académie lui en remettra un deuxième en 1980 pour l’ensemble de sa carrière.

Par ailleurs il aura été récompensé par de nombreuses instances du cinéma dans le monde entier. Citons le ruban d’argent du meilleur acteur étranger par l’ensemble des journalistes italiens, en 1951 pour le film «De l’or en barres» (1951); la Coupe Volpi de Venise pour «De la bouche du cheval» (1958) pour lequel il participa à l’écriture du scénario (1958); Le Saturn du meilleur second rôle masculin par l’académie américaine des films fantastiques pour son interprétation dans «Star Wars» (1976) .

Il sera enfin honoré d’un ours d’or à Berlin (1988), d’un prix d’honneur par le cinéma de Grande-Bretagne (1990) et d’un prix spécial par le cinéma européen pour toute sa talentueuse carrière.

Ajoutons qu'il publiera trois livres autobiographiques: «Blessing in Disguise» (1985), «My Name Escapes Me» (1996) et «A Positively Final Appearance» (1999).

Que la Force soit avec Toi, Sir Alec …

Sir Alec, comme l’appelleront affectueusement la presse et le public, devait décéder le 5 août 2000 à l’hôpital King Edward VII à Midhurst, West Sussex, au terme d’un difficile combat contre un cancer. Il avait 86 ans. Il eut, à sa demande, des obsèques très intimes en l’église catholique Ste Lawtence, à Petersfield (Hamshire). On apprendra que quelques rares amis du spectacle auront été admis à cet office, Sir John Mills et Keith Baxter.

Son épouse Merula n’aura pas tardé à le rejoindre, deux mois plus tard, souffrant elle aussi d’un cancer. Ils reposent, unis à jamais, dans le cimetière de Petersfield.

Ne vous privez pas de revoir les grands films que ce comédien de talent a tournés … Vraiment du très bon et très grand cinéma.

Documents

Sources : Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Alec Guinness : "On devient acteur pour s’éloigner de soi-même, c’est peut-être une quête sans relâche de son identité"

© Donatienne, novembre 2007
Extrait de «Blessing in Disguise»

"Je me trouvais à Los Angeles pour le tournage du «Cygne» en 1955 avec Grace Kelly et Louis Jourdan. Après un vol de 16 h en passant par Copenhague , Thelma Moss (scénariste) et moi, partions en quête d’un restaurant pour dîner; il était très tard …Toutes les tables étaient complètes … Soudain, j’entends une galopade derrière moi … Je me retourne et je suis face à un jeune homme blond, en tee-shirt et en jean..

- Vous voulez une table? Venez à la mienne … je m’appelle James Dean …

Bien sûr Alec avait entendu parler de cette jeune étoile montante … Tout reconnaissants car nous étions affamés, nous le suivons. Il nous dit: je veux avant vous montrer quelque-chose et nous entraîne vers le parking à côté du restaurant pour nous désigner un énorme bolide rutilant et argenté entouré de ruban et avec un gros bouquet d’œillets rouges.

- Elle fera du 240 ! s’enthousiasme Jimmy ! Je ne l’ai pas encore étrennée.

Je m’entendis lui dire sans savoir pourquoi et malgré moi: Je vous en prie ne montez jamais là-dedans. Si vous le faites, dans une semaine exactement, vous y serez trouvé mort. Thelma Moss était étonnée et quelque peu gênée Jimmy se mit à rire, se moquant de moi et il fut un hôte très agréable, généreux et drôle. Nous nous séparâmes de façon sympathique … Le vendredi suivant, exactement comme je l’avais dit, à l’heure précise que j’avais annoncée malgré moi, il mourait au volant de son sinistre engin".

Alec Guinness, 1985

Extrait de «Blessing in Disguise»

Au risque de paraître prétentieux, je dois dire que, pour moi, la grande aventure pourrait encore venir, si j'avais le courage et la force de volonté de m'y engager: un voyage spirituel au cours duquel toutes les faiblesses, les folies et les intentions mauvaises seraient maîtrisées et jetées par dessus bord en un véritable élan pour atteindre la totale simplicité.

Un simple rêve, j’en ai peur. Je manque de l’humilité suffisante et il est si confortable de rester sur la rive. La mer semble vase et sombre; des tempêtes s’y lèvent vite, d’énormes vagues peuvent se faire menaçantes et il y a probablement des monstres au fond.

Abandonner ses amis doit être triste et dur. Nous en connaissons beaucoup qui sont partis triomphalement avant nous, mais nous restons près d’eux, je le crois, de quelque mystérieuse façon.

C’est la seule chose dont je puisse tirer fierté: je n’ai pas conscience d’avoir jamais perdu un ami.

Alec Guinness, 1985

(Ed.6.3.3 : 25-6-2014)