Claude JADE (1948 / 2006)

«Bonheurs fânés, cheveux au vent,
Baisers volés, rêves mouvants…"
Le cinéma français vient de perdre sa “petite fiancée” … Claude Jade nous a quittés le 1er décembre 2006, des suites d'une bien cruelle maladie. Elle avait 58 ans … Son départ nous laisse dans la tristesse et nous avons envie de lui rendre cet hommage et de lui dire au revoir.
Elle nous a écrit un joli recueil de souvenirs au titre léger comme un souffle, «Baisers envolés», paru en 2004.
Claude Marcelle Jorré est née le 8 octobre à Dijon dans une famille d'enseignants, de confession protestante : ses parents, Marcel et Marcelle Jorré, sont tous deux professeurs d'anglais. Ils élèvent leurs deux petites filles Annie et Claude dans le respect, la droiture, une éducation de bon aloi , stricte, mais avec une ouverture d'esprit, en développant leur curiosité et leur éveil à la culture, la musique, la lecture.
La petite Claude apprend ainsi le piano, fait de la danse … Peu douée pour les mathématiques, elle se plaît à réciter des poésies … Elle rêve … Ses princes charmants sont Jean Marais, Pierre Vaneck … Elle a 12 ans ! Quand elle apprend le décès de Gérard Philipe, elle pleure …
On dit que la vie se dessine par les rencontres que l'on peut faire Ce sera son cas !
La première rencontre, qui provoquera les autres, se passe au lycée. Elle a maintenant 14 ans. Son professeur de français lui propose de jouer Agnès dans «Les Femmes Savantes» et d'intégrer ainsi la Compagnie de Bourgogne. Tout va s'enchaîner : l'entrée au conservatoire de Dijon où elle décroche un second prix (1965), puis un premier prix (1966). Papa et Maman Jorré acceptent le choix de leur fille à une condition : le bac. Ce qu'elle fait à la session de septembre, obtenant ainsi a le droit de "monter" à Paris.
Deuxième rencontre, celle de Jean‑Laurent Cochet dont elle suit le cours d'art dramatique. Elle y rencontre Mesdames Béatrix Dussane, et Mary Marquet qui, toutes deux, l'impressionnent.
La rencontre suivante est celle de Sacha Pitoëff et de son épouse Luce Garcia‑Ville. Le couple l'engage dans leur théâtre pour le rôle de Frida dans «Henri IV» de Pirandello. C'est un succès …même si elle rate l'entrée au conservatoire. Entre temps elle joue dans deux séries à la télévision. C'est à ce moment-là qu'elle devient Claude Jade, une pierre précieuse qui dit-on porte bonheur !
La quatrième rencontre est la plus importante. François Truffaut va la révéler au grand public en faisant d'elle son héroïne, Christine Darbon, dans «Baisers Volés» en 1968 aux côtés de Jean-Pierre Léaud-Antoine Doinel. Le réalisateur est charmé par cette ravissante et toute jeune actrice … Il se montre protecteur, galant et disponible. Claude tombe amoureuse de son Pygmalion. Ils vont jusqu'à envisager l'avenir ensemble. Cependant, déjà père de famille, François est un homme qui connaît la vie. Brusquement, il renonce à ce projet. La jeune fille est bouleversée. Mais après le chagrin de la rupture s'installera entre eux un univers de tendresse, de complicité qui durera jusqu'à la disparition de Truffaut en 1984. Elle est à Chypre à ce moment là et c'est son amie Joëlle, épouse de Bruno Pradal, qui lui téléphone la triste nouvelle. Lorsque Jean-Pierre Elkabbach lui demandera de témoigner pour la télévision , elle sera incapable de prononcer le moindre mot!
Truffaut recommande Claude à Alfred Hitchcock, pour lequel elle tourne «l'Étau», à propos duquel elle se souvient de merveilleuses anecdotes …son amitié avec Dany Robin, ou bien le jour où elle fait la connaissance de Philippe Noiret …ou encore la malice du Maître Hitchcock lui-même qui continuera à lui envoyer des petits mots facétieux, même après le tournage!
D'autres rencontres personnelles débouchent sur de jolies histoires d'amour, comme celles partagées avec Jean‑Claude Dauphin, ou Michel Duchaussoy. Elle fait ensuite la connaissance d'Édouard Molinaro qui l'engage pour le rôle de la délicieuse Manette dans «Mon Oncle Benjamin» dans lequel Jacques Brel convoitait son “petit capital”. Avec la regrettée Lyne Chardonnet, partie trop vite elle aussi , elle composait un charmant tableau dans ce film qui lui aura laissé une impression de grandes vacances.
Les méandres de sa vie lui font rencontrer Bernard Coste, diplomate, qui deviendra son mari le 14 décembre 1972. Comble de bonheur, en août 1976, elle deviendra la maman d'un petit Pierre. "Mon bébé vaut bien mieux que tous les films du monde!" écrit-elle … Suivant son époux en Russie, puis à Chypre, elle ralentira sa carrière quelques années, sans jamais l'interrompre. D'autres films, d'autres pièces avec des comédiens mythiques comme Maria Casares (Britannicus), Michel Bouquet et bien d'autres …
En février dernier, elle jouait «Célimène et le Cardinal» avec Patrick Préjean au théâtre de l'avant-scène, à Colombes, pièce écrite et mise en scène par Jacques Rampal.
Sur sa biographie complète, nous pouvons retenir des "télévisions": des séries comme «l'Ile aux trente cercueils» …. «Shéhérazade» (fiction dans laquelle le destin bien cruel lui avait donné comme sœur Anicée Alvina), «Prunelle» avec Daniel Emilfork dont elle dit qu'il jouait des rôles de méchants mais était très affable à la ville; des fictions comme «la Mandragore» (1972) ou «Sans famille» (2000) … Anicée Alvina, Daniel Emilfork, Philippe Noiret, ses partenaires seront partis comme elle durant cette même fin d'année 2006. La famille du cinéma français est bien éprouvée.
Claude Jade fut élevée aux grades de Chevalier de la Légion d'Honneur et d'Officier des Arts et des Lettres.
Nous avons une pensée sincère pour tous ses proches, pour tous ceux qui l'ont rencontrée et aimée. Nous partageons leur chagrin.
"Ce qui importe à l'espérance des hommes, c'est de savoir qu'aucune vie ne laisse derrière elle la Terre semblable à ce qu'elle aurait été sans le sillon que son passage a creusé …" (Louis de la Bouillerie)
©Donatienne, novembre 2006
FILMOGRAPHIE ILLUSTREE
(Cliquez sur les millésimes en gras pour voir les illustrations)
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1968-BAISERS VOLES, de François TRUFFAUT.
1968-SOUS LE SIGNE DE MONTE-CRISTO, de André HUNEBELLE.
1969-TOPAZ(l'Etau), de Alfred HITCHCOCK.
1969-LE TEMOIN, de Anne WALTER.Inédit en France.
1969-MON ONCLE BENJAMIN, de Edouard MOLINARO.
1970-DOMICILE CONJUGAL, de François TRUFFAUT.
1970-LE BATEAU SUR L'HERBE, de Gérard BRACH.
1972-LES FEUX DE LA CHANDELEUR, de Serge KORBER.
1973-LA FÊTE A JULES/HOME SWEET HOME, de Benoît LAMY.
1973-NUMBER ONE, de Gianni BUFFARDI.
1973-LA RAGAZZA DELLA VIA CONDOTTI, de German LORENTE.
1973-PRÊTRES INTERDITS, de Denys de la PATELLIERE.
1974-LE MALIN PLAISIR, de Bernard T.MICHEL.
1975-TROP C'EST TROP, de Didier KAMINKA.
1975-MAITRE PYGMALION OU COMMENT DEVENIR UNE BONNE VENDEUSE, de Jacques NAHUM, Hélène DURAND.
1975-LE CHOIX, de Jacques FABER.
1975-KITA NO MISAKI(le Cap du Nord), de Kei KUMAI.
1977-UNA SPIRALE DI NEBBIA, de Eriprando VISCONTI.
1978-L'AMOUR EN FUITE, de François TRUFFAUT.
1978-LE PION, de Christian GION.
1980-NID D'ESPIONS A TEHERAN, de Alexandre ALOV,Vladimir NAOUMOV.
1980-LENIN V PARIZHE(Lénine à Paris), de Serge YOUTKEVICH.
1981-LE BAHUT VA CRAQUER, de Michel NERVAL.
1982-L'HONNEUR D'UN CAPITAINE, de Pierre SCHOENDOERFFER.
1986-L'HOMME QUI N'ETAIT PAS LA, de René FERET.
1987-LE RADEAU DE LA MEDUSE, de Iradj AZIMI. Inédit en salles jusqu'en juillet 1998.
1987-QUI SONT MES JUGES?, de André THIERY. Inédit en salles.
1992-BONSOIR, de Jean-Pierre MOCKY.
1992-TABLEAU D'HONNEUR, de Charles NEMES.
1993-TOMBES DU CIEL, de Philippe LIORET.
1998-VENUS BEAUTE,INSTITUT, de Tonie MARSHALL. Scène coupée au montage.
(Images rassemblées par Donatienne, Christian Grenier et Cédric Le Bailly)
(Ed.4.5.2 : 24-5-2009)
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