L'ENCINEMATHEQUE

Encyclopédie du cinéma des origines à nos jours

Ces jeunes talents fauchés par la mort

Tableau n° 1

Bella Darvi
Corinne Luchaire
Robert Lynen
Annie Vernay

Quelles auraient été la carrière et la vie de James Dean si son amour de la vitesse ne l'avaient emporté dans le Cercle des Etoiles Disparues, à l'aube de ce funeste automne 1956?

Hélas, La Camarde n'a pas attendu ce jour fatidique pour commettre ses premiers méfaits à l'encontre des cinéphiles du monde entier.

Cette planche est là pour nous remettre en mémoire quelques coups de faux malheureux que nous autres, spectateurs français en particulier, qualifieront éternellement de faute professionnelle.

Qu'il me soit permis de réunir dans le cadre restreint d'une page hypertexte les trop courtes histoires de Bella Darvi, Corinne Luchaire, Robert Lynen et Annie Vernay.

Christian Grenier, janvier 2005
… une filleule de Darryl Zanuck
Bella DarviBella Darvi

Bella Darvi fut-elle devenue une actrice de premier plan si sa vie n'avait pas connu la triste fin que l'on sait ?

Sans vouloir peiner ceux de ses proches qui nous liraient, il est permis d'en douter. Mais là n'est pas la question, et reprenons les choses dans un ordre plus conventionnel.

Bayla Wegier, car tel était son véritable patronyme, est née à Sosnoviec, Pologne, le 23-10-1928. Un an plus tard, la famille s'installait à Paris.

Aux premières heures de l'Occupation, ses parents partent pour la “Zone Libre”, laissant leur fille poursuivre ses études dans la capitale française. Lorsque celle-ci décide de les rejoindre, elle est munie de faux papiers. Contrôlée, elle est placée dans un couvent-pénitencier toulousain pendant quelque temps, avant d'être relâchée.

La guerre est terminée depuis quelques années lorsque la jeune fille travaille comme mannequin pour le couturier Jacques Fath. Fréquentant le “grand monde”, elle épouse, en octobre 1950, un riche industriel, Alban Cavalade, qui lui offre une vie facile dans le monde de la “jet set”.

En vacances sur la Riviera, Bayla rencontre le célèbre producteur américain Darryl Zanuck et son épouse Virginia. Des liens se nouent, qui se concrétisent par un engagement cinématographique. Ainsi, en 1954 (deux ans après son divorce), une nouvelle actrice apparaît sur les écrans américains, directement confiée aux bons soins de Richard Widmark : Bella Darvi («Hell and High Water/Le démon des eaux troubles» de Samuel Fuller). Le pseudonyme, cela ne vous aura pas échappé, doit beaucoup à l'identité des bienfaiteurs de la jeune femme, le couple Darryl et Virginia. Des rumeurs désagréables courent longtemps (et encore) sur cette amitié…

Bella donna…

Pour son deuxième film, la belle Bella doit faire face à des concurrentes sérieuses et expérimentées (Jean Simmons et Gene Tierney) et des partenaires tout aussi imposants (Edmund Purdom et Victor Mature) dans une oeuvre gigantesque de Michael Curtiz, «The Egyptian/L'Egyptien» (1955) : on ne rigole plus !

Bella DarviBella Darvi

«Le cercle infernal» (1955) bouclé, c'est avec un bagage de trois films hollywoodiens que la jeune femme entame une carrière française dans les bras d'un Eddie Constantine encore moins sentimental que d'habitude («Je suis un sentimental», de John Berry, en 1955). Quelques oeuvres plus ou moins policières – «Je reviendrai à Kandara» (1956), «Rafles sur la ville» (1957) et «Le Gorille vous salue bien» (1958) – laissent augurer d'une carrière intéressante.

Hélas, les espérances qu'elle a fait naître s'engloutissent bientôt dans des productions italiennes relevant davantage des petits ruisseaux que des grandes rivières ("Pia de'Tolomei" en 1958, etc). Par ailleurs, le souvenir d'une vie plus facile, et l'attrait pour le jeu acquis lors de sa jeunesse insouciante, auront raison de ses économies et de son équilibre.

Installée à Monte Carlo, Bella Darvi dilapide ce qui lui reste de fortune et compromet une carrière si mal assurée par une première tentative de suicide (1962), renouvelée sans plus de succès en 1966, et encore en 1968.

Ses réapparition tardives dans la gaudriole hexagonale («Le bourgeois gentil mec», 1969) et les polissoneries estivales («Les petites filles modèles», 1971), ne seront que "fausses rentrées". Mais sa quatrième tentative de suicide, le 11-9-1971, constituera sa sortie définitive et, malheureusement, cette fois “réussie”.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (janvier 2005)
Ed.7.1.1 : 4-8-2015