Alida ROUFFE (1874 / 1949)

Honorine, la maman de Fanny …
Les debuts et la carrière
De son vrai nom Joséphine Marie Rouffe, Alida Rouffe est une marseillaise de cœur et de tempérament, même si elle est née à Bordeaux le 20 mars 1874. On pourrait presque plutôt dire qu’elle est née à l’Alcazar ! En tous cas, elle y a fait ses premiers pas !
Elle est la fille de Louis Rouffe, un grand mime, de la deuxième moitié du XIXe siècle qui marqua de son empreinte ce lieu mythique en le transformant en véritable temple du music-hall et de la pantomime.
Tout naturellement, la jeune Alida grandit dans les coulisses et à son tour elle fait partie du spectacle. C’est une référence! Le public marseillais savait applaudir les vedettes mais savait se monter très exigeant. Elle est parrainée par Frank Esposito, le directeur, et côtoie déjà Edouard Delmont, Maupi et quelques autres… Elle rencontre également Raimu …
C’est une artiste complète, elle chante dans le registre des mezzo-soprano, joue la comédie, participe à des revues, des opérettes, et même des opéras !
Elle est ainsi connue dans le midi de la France grâce aux tournées dans les différentes villes.
«Marius» est déjà joué à Marseille mais Marcel Pagnol aimerait monter la pièce à Paris, sur les conseils de Franck Esposito justement. Il envisage le Théâtre de Paris et c’est Léon Volterra qui en sera le producteur.
Raimu est choisi pour incarner César et c’est lui qui va avancer le nom d’ Alida pour le rôle de la mère de Fanny. Alida se produit à l’opéra de Nîmes quand Marcel repère sa future «Honorine». Elle y chante le rôle de Dame Marthe dans le Faust de Gounod.
La réponse d’Alida est d’abord un refus: « A Marseille, j’aurais pu te la jouer, ton Honorine, mais à Paris, c’est pas possible…je ne plairai pas aux Parisiens ! Parce qu’ils ne parlent pas comme nous. Moi je ne comprends pas très bien ce qu’ils disent alors eux ne me comprendront pas très bien non plus. »
Pagnol argumente, citant comme exemple que Raimu, Orane Demazis, Delmont, Maupi font carrière à Paris malgré leur accent. Il l’emmène au restaurant, lui offre une soupe à l’oignon, et il ajoute qu’elle voyagera dans un wagon-lit première classe pour monter à la capitale.
Ce dernier détail fera plus que tout le reste… Elle acceptera et deviendra l’inoubliable maman provençale que l’on sait : 800 représentations, des salles combles et le partage de l’affiche avec Raimu. D’aucuns diront qu’elle seule, pouvait imposer sa personnalité comme elle l’a fait, face à l’écrasant Raimu. Drôle, dynamique, maternelle et possessive, mais surtout naturelle, avec ce bon sens et cet accent qui sent bon le midi. On croit à son personnage . Elle est authentique …
La critique parisienne sera plus que positive, et elle aura droit à plusieurs colonnes dans chaque quotidien, mais ce qui primera pour elle, ce seront les quelques simples lignes éditées dans « Le petit Marseillais » dont elle accrochera l’entrefilet au mur: « Nous apprenons que notre concitoyenne Alida Rouffe, vient d’obtenir un joli succès personnel sur une scène parisienne. Toutes nos félicitations ».
Au moment de transposer la pièce sur le grand écran, Pagnol n’hésitera même pas et la choisira pour immortaliser le personnage d’Honorine.
Pour Fanny, Raimu brouillé avec Pagnol et surtout Volterra, ne jouera pas la pièce. Elle ne la jouera pas non plus, laissant sa place à Madeleine Chabert.
Elle sera par contre des trois films bien évidemment !
- Le public la retrouvera dans d’autres œuvres de Pagnol:
- Elle apparaît dans la seconde version de «Cigalon» (1935), reprenant le rôle confié à Annie Toinon dans la version originale.
- Dans «Le Schpountz» (1937), on la voit en cliente de la fameuse boutique de Charpin.
- Dans «La Femme du Boulanger» (1938), elle est la bonne de Robert Vattier (le Monsieur Brun de la trilogie) , qui a endossé la soutane de curé du village.
- Charpin justement qu’elle retrouvera dans deux films en 1939, «Le club des fadas» et «Le paradis des voleurs».
- Il est admis que sa dernière apparition sur les écrans se fit dans «Le Gardian» (1945), aux côtés de Tino Rossi. Bien que son nom figurât sur l'affiche originale, je n'ai pu, malgré toute mon attention, confirmer sa présence à la vision du film.
Une bien triste fin de vie
Alida ne pourra envisager de s’installer à Paris malgré le succès remporté : son midi, sa Canebière, son mistral et son Vieux-port lui manqueront trop.
C’est dans la misère et la solitude qu’elle s’éteindra le 21 novembre 1949, à Marseille.
Celle qui, pour nous, restera Honorine à jamais, repose au cimetière Saint-Pierre à Marseille où elle aura rejoint ses fidèles amis, Delmont, Rellys , et sa “sœur de cinéma ”, Milly Mathis.
©Donatienne, avril 2007
FILMOGRAPHIE ILLUSTREE
(Cliquez sur les millésimes en gras pour voir les illustrations)
1931-MARIUS, de Alexandre KORDA.
1931-MAM'ZELLE NITOUCHE, de Marc ALLEGRET.
1932-FANNY, de Marc ALLEGRET.
1932-TOINE, de René GAVEAU.
1932-PARIS-SOLEIL, de Jean HEMARD.
1935-CIGALON, de Marcel PAGNOL.
1936-CESAR, de Marcel PAGNOL.
1936-TOPAZE, de Marcel PAGNOL.
1937-LE CLUB DES FADAS, de Emile COUZINET.
1937-LE CHANTEUR DE MINUIT, de Léo JOANNON.
1937-LE SCHPOUNTZ, de Marcel PAGNOL.
1938-LA FEMME DU BOULANGER, de Marcel PAGNOL.
1939-LE PARADIS DES VOLEURS/ESCAPADE, de L.C.MARSOUDET.
1945-LE GARDIAN, de Jean de MARGUENAT. Sorti en 1946.
(Images rassemblées par Donatienne, Christian Grenier et Cédric Le Bailly)
(Ed.4.5.1: 31-8-2008
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