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Tableau N°11: Quatre destins tragiques

Louis SALOU (1902 / 1948)

Louis Salou

…, poète mystérieux et tourmenté

Son patronyme complet est Louis Vincent Goulven Salou, un nom qui sonne breton. Logique: il est né d’un père originaire de Kerlouan. Mais il a vu le jour le 23 avril 1902 à Oissel, du côté de Rouen, où son père, gendarme, était affecté. Sa maman était originaire du Vexin.

Il fait de brèves études, mais il n’accroche pas et décide de monter sur Paris. Il trouve son premier emploi aux PTT comme télégraphiste.

Pour s’évader de la routine du quotidien des Postes, il crée un journal, "Raison d’Etre", une revue avant-gardiste dans laquelle il fait paraître ses propres poésies, révélant sa forte personnalité.

Il se sent attiré par le monde des arts et se débrouille pour se faufiler dans les hauts lieux de la culture parisienne. Il a 20 ans. Il parvient à cotoyer les peintres PicassoPablo Picasso et ChagallMarc Chagall, ainsi que le poète Max JacobMax Jacob.

Un beau jour de 1929, ce dernier le présente à Georges Pitoëff, grand dramaturge, époux de Ludmilla et père de Sacha. Le jeune Louis meurt d’envie de faire du théâtre. Emu par la candeur et la volonté du jeune homme qui ne demande pas d’argent mais simplement à faire partie de la troupe, le grand Pitoëff se laisse convaincre et l’enrôle parmi ses comédiens. Une merveilleuse école ... Il joue du Pirandello, du Anouilh et du Bernard Shaw.

Le cinéma vient à lui. D’abord par de tout petits rôles; puis on le voit mieux dans «Premier Bal», car Christian-Jaque l’a repéré. Il campe des personnages bien affirmés, typés, comme l’avocat déchu de «Contre-enquête» de Jean Faurez (1946), ou le lieutenant Fifi, exécrable soldat prussien, dans «Boule de Suif» (1945).

Il joue juste et le public ne tarde pas à l'apprécier. Il est séduisant, malgré un regard froid, une démarche raide et un charme quelque peu satanique et mystérieux; un personnage un peu déstabilisant.

Directeur de l'Opéra dans «La symphonie fantastique» de Christian-Jaque (1942), il forme avec Louis SeignerLouis Seigner et Jules BerryJules Berry un trio peu sympathique à l’égard d’un Hector Berlioz magistralement incarné par Jean‑Louis BarraultJean-Louis Barrault.

Ses deux plus grands rôles il les doit à Marcel Carné et Christian-Jaque. Dans «les Enfants du Paradis» (1945), aux côtés de la pléiade d’artistes que l’on sait, il incarne le comte Edouard de Montray, amoureux de Garance (ArlettyArletty) qui tombera, poignardé par Lacenaire (Marcel HerrandMarcel Herrand). Dans «La Chartreuse de Parme» (1947), il entre dans la peau du personnage du Prince Ernest VI, capricieux et fou.

Le voici parti pour devenir l’un des tout premiers acteurs de sa génération, avec un jeu de scène original, des choix de personnages peu communs… Bref, ce comédien se montre inspiré.

Il tourne encore d’autres films, comme «La vie en rose» (1947) où il tient le rôle plus tendre d’un pion amoureux de Colette Richard, «Eternel conflit» (1947), «Fabiola» et «Les Amants de Vérone» (1948).

Sa fin tragique …

Louis Salou quitte ce monde à 46 ans; c’est évidemment bien trop tôt  ... Un mystère plane sur cette disparition: certaines biographies mentionnent un infarctus mais la plupart évoquent tristement la thèse du suicide par absorption de somnifères.

Acteur très secret, gardant jalousement sa vie privée, poète tourmenté, dans la pure lignée des romantiques douloureux, Louis Salou aura préféré s’endormir pour toujours à l’heure qu’il aura lui-même choisie, le 21 octobre 1948, à son domicile de Fontenay-aux-roses. Il est inhumé au cimetière de Bagneux.

"Seul un poète pouvait jouer ainsi la comédie. Dans ‘La vie en Rose’, il avait l’air d’un immense oiseau devant le fusil de la mort". Ainsi s'exprima Marianne OswaldMarianne Oswald, sa partenaire dans ce film, qui éprouvait une réelle tendresse pour ce comédien attachant et mystérieux.

"Louis Salou savait qu’il était poète et le jaillissement de sa poésie avait, dans les profondeurs, prévu sa forme de telle sorte que l’involontaire et l’intentionnel parviennent à l’air et s’y refroidissent sans perdre l’éclat de la vie" , ajoutera le poète Ribemont‑DessaignesRibemont-Dessaignes.

© Donatienne, avril 2008
FILMOGRAPHIE ILLUSTREE

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1932  1943  1946

1932 - LA MACHINE A SOUS, de Emil Edwin REINERT.Court métrage.
1937 - LES NUITS BLANCHES DE SAINT-PETERSBOURG, de Jean DREVILLE.
1941 - BOLERO, de Jean BOYER.
1941 - MAM'ZELLE BONAPARTE, de Maurice TOURNEUR.
1941 - PREMIER BAL, de CHRISTIAN-JAQUE.
1941 - LA SYMPHONIE FANTASTIQUE, de CHRISTIAN-JAQUE.
1942 - LETTRES D'AMOUR, de Claude AUTANT-LARA.
1942 - LE BIENFAITEUR, de Henri DECOIN.
1942 - MONSIEUR DES LOURDINES, de Pierre de HERAIN.
1942 - LE JOURNAL TOMBE A CINQ HEURES, de Georges LACOMBE.
1942 - HUIT HOMMES DANS UN CHATEAU, de Richard POTTIER.
1942 - DEFENSE D'AIMER, de Richard POTTIER.
1942 - LE LOUP DES MALVENEUR, de Guillaume RADOT.
1942 - LA MAIN DU DIABLE, de Maurice TOURNEUR.
1942 - MADEMOISELLE BEATRICE, de Max de VAUCORBEIL.
1942 - LE COMTE DE MONTE-CRISTO, de Robert VERNAY.
1943 - LE VOYAGEUR SANS BAGAGE, de Jean ANOUILH.
1943 - VOYAGE SANS ESPOIR, de CHRISTIAN-JAQUE.
1943 - LA VIE DE BOHÊME, de Marcel L'HERBIER.
1943 - BONSOIR MESDAMES, BONSOIR MESSIEURS, de Roland TUAL.
1944 - FARANDOLE, de André ZWOBADA.
1945 - SYLVIE ET LE FANTÔME, de Claude AUTANT-LARA.
1945 - LES ENFANTS DU PARADIS(1-Le Boulevard du Crime/2-l'Homme en Blanc), de Marcel CARNE.
1945 - ROGER LA HONTE, de André CAYATTE.
1945 - BOULE DE SUIF, de CHRISTIAN-JAQUE.
1945 - LE PERE SERGE, de Lucien GASNIER-RAYMOND.
1945 - SEUL DANS LA NUIT, de Christian STENGEL.
1946 - UN AMI VIENDRA CE SOIR, de Raymond BERNARD.
1946 - ADIEU CHERIE, de Raymond BERNARD.
1946 - LA REVANCHE DE ROGER LA HONTE, de André CAYATTE.
1946 - LA FOIRE AUX CHIMERES, de Pierre CHENAL.
1946 - CONTRE-ENQUETE, de Jean FAUREZ.
1946 - LA COLERE DES DIEUX, de Carl LAMAC.
1946 - LES ATOUTS DE Mr.WENS, de E.G de MEYST.
1947 - LA CHARTREUSE DE PARME, de CHRISTIAN-JAQUE.
1947 - LA VIE EN ROSE, de Jean FAUREZ.
1947 - L'ETERNEL CONFLIT, de Georges LAMPIN.
1947 - LES REQUINS DE GIBRALTAR, de Emile Edwin REINERT.
1947 - CARREFOUR DU CRIME, de Jean SACHA.
1948 - FABIOLA, de Alessandro BLASETTI.
1948 - LES AMANTS DE VERONE, de André CAYATTE.

(Images rassemblées par Donatienne et Christian Grenier)

(Ed.5.2.1 : 13-7-2010)