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Tableau N° 7 : Le petit monde de Marcel Pagnol (I)

CLAIRETTE (1919 / 2008)

biographie filmographie … celle qui a tutoyé les étoiles !

Il était une fois une petite fille joyeuse qui ne pensait qu’à chanter et danser … C’est ainsi que commence l’histoire de Claire Françoise Oddera , que l’on appelle Clairette. Elle naît le 3 avril 1919 au 30, Vallon Montebello à Marseille. Ses parents, Charles Oddera et Rose Fanucci, ont déjà une fille, Rosette, une grande sœur très aimée. Les deux fillettes sont le fruit d’une belle histoire . "A la maison, nous n’étions pas riches mais il y avait de l’amour et beaucoup de gaieté". Une autre sœur, Danielle, viendra compléter la famille le 6 novembre 1938. Même adulte, DanielleDanielle Oddera sera toujours "la petite sœur".

Maman Rose fait des ménages et avant de partir, accompagne ses petites filles à l’école Saint-Vincent-de-Paul. Charles, le papa est une cigale davantage qu’une fourmi; il ouvre un bar qui ne marche pas et, s’il a occupé la fonction de cantonnier à Marseille pendant 40 ans, il est avant tout connu pour être un champion de pétanque, le roi de l’arène du Prado !

Très tôt, Clairette ne veut plus aller à l’école. Elle trouve quelques petits boulots. Son destin s’appelle Marcel PagnolMarcel Pagnol. Lors d’un tournoi de pétanque, en 1938, Charles est le grand vainqueur. Au vin d’honneur on demande à Clairette de chanter. Le directeur technique des studios Pagnol, Jean Boyer, est présent et offre à Clairette, qu’il trouve gentille, une place d’ouvreuse au Cinéma «Le César», Place Castellane, que la Société Pagnol vient d'ouvrir. La jeune fille y reste peu de temps et devient apprentie-développeuse, à l’usine Pagnol, rue des Peupliers. Mais c’est un vrai pinson ! Il faut bien enjoliver sa vie quand on a 18 ans et que l’on vit en temps de guerre … Comme elle chante tout le temps, elle finit par agacer sérieusement son chef de service Assouad qui la congédie sans autre forme de procès. En larmes, elle veut rencontrer le grand patron, Pagnol lui-même. C'est Charles Pons, directeur des studios, qui la reçoit et qui, bien embarrassé, se laisse attendrir et finit par la caser au service de la cantine. Le lendemain, elle sert Marcel Pagnol en personne qui lui dit qu’elle pourra chanter tant qu’elle voudra !

Elle côtoie ainsi toutes les grandes vedettes de l’équipe. Elle se lie avec Louise, la femme de chambre de Pagnol, qui lui révèle qu’à chaque fois qu’elle chante, le maître ouvre sa porte pour mieux l’entendre ! Un jour de fête, elle fredonne pour tout le monde «Sans toi» de Scotto et se souvient du "cher regard rêveur" de l’écrivain, posé sur elle.

Claire travaille donc à la cantine Pagnol. Le film «Monsieur Bretonneau» vient d’être bouclé. Mais le réfectoire ne désemplit pas pour autant. RaimuJules Raimu, Marcel MaupiMarcel Maupi, Milly MathisMilly Mathis, Andrex, FernandelFernandel, Edouard DelmontEdouard Delmont s’y retrouvent. Flotte dans l’air la rumeur d’un nouveau film, «La fille du puisatier». Clairette ne sait pas encore qu’elle débute là une immense carrière qui la mènera loin. Il était bien entendu qu’elle jouait dans ce film et qu’ensuite elle retournait servir à la cantine, mais finalement Pagnol lui confiera trois autres rôles dans ces années 40 : «Manouche» en 1941, tourné en Suisse, lui permet de faire la connaissance de celui qui deviendra un ami, Pierre DudanPierre Dudan. (c ’est Clairette qui chante la chanson-titre); «La bonne étoile», en 1942 qui lui vaudra une belle critique de la Revue du Cinéma; «Sérénade aux nuages» en 1946, où elle incarne la postière du village, un petit rôle qui lui fait rencontrer Tino Rossi, lequel lui témoignera toujours son amitié.

La chanson, les tournées, la carrière

Entre les films, elle est toujours à la cantine où, un jour, elle sert Claude DauphinClaude Dauphin, qui l’orientera vers son frère Jaboune. Ce dernier, responsable de Radio-Marseille, l’engage pour un feuilleton radiophonique dans lequel, un jour, elle chantera. Jean Nohain la lance carrément en lever de rideau d’un spectacle au casino de Nice avec trois chansons. Le premier soir est une catastrophe, mais Jaboune sait l’encourager : dès le lendemain c’est le succès.

Elle a l’opportunité de participer à la revue «C’est un cri» avec RellysRellys, mais surtout connaît le bonheur de partir en tournée 8 mois avec Reda CaireReda-Caire, son idole depuis toujours, dans la revue «De Montmartre à La Canebière». En 1947, elle fait ses débuts à Paris dans l’opérette «Mam’zelle Printemps», aux côtés de Jacques Morel.

Elle chante en première partie du tour de chant de Georges Guétary. Alors qu’elle le retrouve en Suisse au casino de Lausanne, fin 1948, il lui propose de l’emmener dans sa tournée au Canada. Georges lui gardera une tendre amitié protectrice. Ils se reverront au Québec : "Chaque fois que je reviens à Montréal, c’est une joie de retrouver notre Clairette adorée. Certes, elle a eu une carrière difficile, mais au Québec, elle a trouvé sa voie. Je suis fier et heureux pour toi, ma chère Clairette". Clairette tombe “en amour” pour le Québec, chante au théâtre Champlain. Elle devient québécoise le 19 janvier 1949. Puis elle a la chance de partir à New-York pour une autre revue. Mais décidément , c’est le Canada qui a sa préférence et en 1955, elle décide de s’y installer. Sa plus jeune sœur Danielle la rejoindra en 1960.

Elle trace là-bas une jolie carrière, ouvre en 1959 un cabaret, "La boîte à Clairette", rue de la Montagne à Montréal, sorte de tremplins pour de jeunes talents qui deviendront célèbres : Diane Dufresne, Robert Charlebois et bien d’autres … Jacques Brel et Yves Montand avaient coutume de s’y produire lors de leur passage au Québec. De grands artistes viendront la retrouver, comme Fernandel, Juliette Gréco, Tino Rossi, Serge Reggiani, Pierre Brasseur, son ami Edmond Ardisson, Henri Genès, mais aussi, dans un autre genre, François Mitterrand et Gaston Deferre.

Elle participe à des fictions télévisées. On la voit aussi à plusieurs reprises sur des scènes de théâtre québécoises. Mais elle n’oublie pas pour autant la France et surtout la Provence. Elle revient régulièrement à Marseille via Paris. Elle devient aussi la grande amie de Jane SourzaJane Sourza qui sera "sa maman parisienne".

En 1954, Pagnol tourne «Les lettres de mon moulin». Clairette vient saluer l’équipe et Marcel, si heureux de la revoir, écrit sur le champ le petit rôle de Clotilde dans lépisode «Le secret de Maître Cornille», qui sera son dernier film.

Clairette Oddera poursuit une carrière étonnante de l’autre côté de l’océan, chez nos cousins canadiens. Aînée de nombreux artistes, elle est appelée la mère supérieure, surnom que lui ont donné les étudiants sans doute en référence à sa foi pour son métier. En 1981, elle ouvre une école d’interprétation où elle œuvre pour transmettre aux jeunes artistes en herbe ce qu’elle estime le plus important : le feu sacré.

Vie privée

Clairette aimait danser. C’est au bal qu’elle fait la rencontre, à quinze ans, de son premier amour. Il s’appelle Daniel Gorgoni, un beau grand gars de Marseille. Le mariage est célébré pendant le tournage de «La fille du puisatier». Mais la belle romance tourne court et ne dure pas plus de 4 ans.

Après cet échec, un homme plus mûr sera son grand amour: Ange. Il veut faire sa vie avec elle, mais une crise cardiaque fatale met fin aux beaux projets.

Reda Caire sera son tendre ami. Elle est amoureuse de lui, qui avait une préférence pour les messieurs …

En juillet 1952, à Marseille pendant des vacances, elle rencontre Jacques Aqué, libre et père d’une fillette. Sans précipitation, ils tombent amoureux et Jacques la rejoindra au Québec. Une vie heureuse jusqu’au décès de celui-ci, en 1960.

Enfin avec le grand Jacques Brel, elle vit une tendre amitié. Eloignés, ils s’écrivent, se racontent, se confient … Jacques l’appelle "ma Clairette". Après sa mort, elle garde contact avec les trois filles du chanteur.

Elle a écrit deux livres, celui dont nous avons déjà parlé, autobiographique, «Clairette, du soleil à travers mes larmes» et «Comment meubler sa solitude avec la foi : un message d'espoir».

Madame Claire Oddera est chevalier de l’ordre National du Québec (2002) et Membre de l’Ordre du Canada (2003). Elle s'est éteinte le 28 octobre 2008, à Montréal.

© Donatienne, avril 2007
Les citations et certaines photos sont tirées du livre de Clairette. Un merci particulier à Monique Langevin de Laval au Québec pour son aide précieuse et amicale.
«La bonne étoile»

"A signaler, à côté de la belle création de Janine Darcey, une apparition sympathique de Clairette. Amanda, la fille du puisatier, est aujourd’hui une femme accomplie, pleine d’assurance et nous paraît digne d’être à son tour sur l’écran l’héroïne d’une grande aventure sentimentale."

La revue du cinéma

Confidence …

"Je suis venu au Québec en suivant les brumes des marchands de spectacles avant d’y renconter des complices comme Clairette qui poussaient avec moi les menaces de la nuit et des silences trop lourds de l’ombre des cœurs" (Jacques Brel).

La revue du cinéma

(Ed.6.3.1 : 8-32013)