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Gérard OURY (1919 / 2006)

Gérard Oury

Il aura attiré 120 millions de spectateurs et téléspectateurs réunissant toutes les générations ! Il nous aura fait rire aux éclats pendant des décennies et c’est pour cela qu’il sera tant aimé du public.

Gérard Oury fut un magicien du rire, un rire spontané, tendre, tolérant, universel. Mais, derrière ses œuvres à jamais populaires,  il y avait un homme qui avait le goût du travail bien fait, un souci du détail, et l’imagination de l’enfant qu’il était certainement resté ! Je vous invite à le connaître encore davantage à travers cette page que j’ai eu énormément de plaisir à composer.

Il est parti rejoindre ses deux compères, Bourvil et Louis de Funès, pour des fous rires célestes. Prolongeons-les sur Terre sans arrière pensée  quand nous retrouvons ses films à l’occasion: il les a réalisés uniquement dans ce but et  le charme opère toujours.

"Il est poli d’être gai", affirmait-il malicieusement !

R30 - Gérard Oury, un magicien du rire …

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Le petit Gérard …

Le 29 avril 1919 à Paris dans le 16e,  naît Max, Gérard Tenenbaum-Houry; l’enfant porte naturellement  le patronyme de son père, Serge TannenbaumSerge Tannenbaum (notons que nous trouvons plusieurs orthographes : Tannenbaum, Tennenbaum, Tenenbaum cette dernière étant utilisée par Gérard dans son livre), mais aussi celui de sa  maman, Marcelle Houry. Le prénom choisi se veut un hommage au parrain du petit garçon, le tragédien De Max, comédien très apprécié en ce début de siècle.

Serge est un violoniste fantasque, juif d’origine russe, "… jetant sur le monde un regard sans complaisance" (Gérard Oury, «Mémoires d’éléphant»). Serge et Marcelle  "… s’aimeront, se déchireront, se détesteront, se réconcilieront, se retrouveront,  pour s’aimer d’une autre manière"(op.cit). Gérard éprouvera de l’admiration pour son père, "ce grand artiste cultivé obsédé de justice sociale". Il va grandir, entouré d’affections féminines, entre sa maman et sa grand-mère maternelle  qu’il appellera affectueusement Mouta.

Quel enfant est-il ? Il se décrit ainsi : "Très nerveux, le cheveu jais, l’œil vert et des mollets de coq". Mais l’on devine un petit garçon angoissé, éprouvant une affection filiale fusionnelle : "Marcelle fut tout pour moi".  Il dort entre ses deux protectrices et sa grande crainte serait  de voir sa maman s’éloigner et, pire, se remarier … « Petit bloc nerveux d’intransigeance, de jalousie, saccageur de vies sans le savoir, je décrète une fois pour toutes que l’amour que je porte à ma mère et à Mouta doit leur suffire". Sa mère ne se remariera jamais …

Enfant gâté, il a de jolis souvenirs de cette tendre jeunesse. MarcelleMarcelle Houry, qui doit gagner sa vie, travaille dans la publicité et la mode. Elle fréquente ainsi le Paris des artistes : Blaise Cendrars, Paul Poiret, le couturier extravagant de l’époque, Raoul Duffy, Maurice Utrillo,  Pierre Lazareff qui n’était pas encore le grand journaliste que l’on connaît, et Foujita le peintre japonais. Gérard évolue dans cette atmosphère artistique. Il a en mémoire une matinée enfantine costumée à Deauville, lieu de vacances,  où il revêt un magnifique costume de maharadjah spécialement conçu pour lui par Poiret.

"Angora Frétillant" …

Ayant mûri, il est inscrit chez les scouts (1932) sous le nom d’ “Angora frétillant” !. Mais la loi scout, qui bannit toute histoire amoureuse, semble bien pesante. L’adolescent qu’il est déjà a envie de connaître les femmes d’un peu plus près !

Dans les mêmes moments, il s’intéresse au cinéma. Fred Astaire et Ginger Rogers, William Powell et Myrna Loy sont parmi ses acteurs fétiches, tandis qu'il se dessine des moustaches “à la Clark Gable”. Et s’il devenait acteur ? A moins qu’il ne soit journaliste ! Rien n’est encore bien défini dans sa tête.

En attendant, au lycée Janson De Sailly (entre 1928 et 1935?), il noue des amitiés avec quelques jeunes gens qui ne tarderont pas à se faire connaître. Un certain François Pillu deviendra François Périer, Maurice Siegel créera "Europe 1" et Jean Dutourd deviendra un de nos Immortels. Mais déjà, dans la cour du lycée, un gentil garçon, Mayer,  se fait traiter de “sale Youpin” … Nous sommes en 1935. Gérard est choqué: lui aussi a des origines juives …

Cependant la vie continue, de façon encore heureuse. Le jeune homme se laisse entraîner par des copains disposant de bonnes adresses du côté de la rue de Hanovre. Il découvre ainsi une vie d’homme …

Au théâtre …

Gérard finit par se décider. Tout comme son ami Pillu / Périer, il veut devenir comédien ... "pour séduire les filles", confiera-t-il malicieusement à son petit fils, Christopher. Il s'inscrit donc au Cours Simon (1937). S'inspirant du nom de sa mère, il devient définitivement Gérard Oury. “Chouchou” du patron, il rencontre là une belle jeune femme, Simone Roussel, qui se fait déjà connaître sous le nom de Michèle Morgan. Mais c’est une autre demoiselle qui retient son attention. Elle a un patronyme si compliqué que René Simon lui conseille de le simplifier en Jacqueline Roman. Elue Miss Exposition 1937, elle n’a pas 17 ans. Ils vont faire connaissance en répétant «On ne badine pas avec l’amour», de Musset.

Finalement, Gérard est reçu au concours d’entrée au conservatoire (1938), dans la même promotion que Bernard BlierBernard Blier et François PérierFrançois Périer. Les voilà dans l’illustre école, Bernard chez Jouvet, François chez André Brunot et Gérard chez Béatrix Dussane. Mais ils se retrouvent tous les trois pour assister aux conférences improvisées de Jouvet sur le métier d’acteur.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, Gérard est amoureux de la gracieuse Jacqueline. Ils décrochent ensemble un contrat pour une tournée Karsenty (1938) qui les emmènera jusqu’en Tunisie avec la pièce au titre qui leur va si bien, «Les jours heureux». Sous le ciel de Sidi-Bou-Saïd, leur idylle se concrétise …

De retour en France, Gérard, se voit engagé pour de petits rôles par la Comédie Française (1939) qui se déplace en province : «Cinna», «Don Juan», «Les caprices de Marianne», etc. De son côté, Jacqueline est retenue pour le film «Espoirs» (1940) , aux côtés de Robert Lynen.

1939. Les deux amoureux savent que le pire arrive : la guerre. Mais c’est aussi le meilleur pour Gérard, qui obtient le rôle-titre de «Britannicus» à la Comédie Française. Edouard Bourdet, l’administrateur général du moment, en personne, lui donne pour partenaire Jacques Charon. Lors de la première, Marcelle, Mouta et Jacqueline sont dans la salle pour saluer un succès mérité: la critique est élogieuse. Demandé par le cinéma, il fait une apparition dans le film «Les petits riens» (1941) de Raymond Leboursier.

"Pitchoune ou Stoquefiche" …

Les troupes allemandes s'installent dans la capitale française. Gérard choisit de quitter Paris avec "ses trois femmes" … Les voilà à Confolens en Charente, à Bordeaux … Marcelle et Mouta trouveront refuge à Vichy, tandis que le jeune couple poursuit jusqu’à Marseille.

Gérard court le cachet en prêtant sa voix pour des feuilletons radiophoniques (1940). Un jour, son directeur le convoque: il ne peut plus le faire travailler parce qu'il est juif. La loi discriminatrice vient d’être promulguée … Choqué une nouvelle fois, l'acteur est angoissé par cette perte d’emploi, d’autant plus que Jacqueline est enceinte. Il fait alors la rencontre du sympathique Robert DalbanRobert Dalban qui les aide comme il le peut. Gérard se souviendra de Robert, lui confiant plus tard des rôles comme dans «Le cerveau» ou «La carapate».

Mais surtout, grâce à Paul Ollivier, se présente l'opportunité de jouer avec le grand RaimuRaimu, au Capitole de la cité phocéenne. "Le monstre (sacré) vient vers moi, me prend par les épaules…’Pitchoune, comme il est sympathique ! Alibert, tu me l’engages le stoquefiche !' [poisson très maigre]" (1941?). Gérard fait aussi la connaissance de Rellys, de Carlo Rim et du couple Alibert. Mais Raimu sera pour lui l’acteur inoubliable : "Il faut l’avoir vu jouer de près. Face à lui, je lis dans son regard tendresse, regrets, mélancolie, colère, joie, gaieté, espérance …" Le jeune comédien est subjugué !

Monaco, la Suisse et Danielle …

A Marseille, Gérard retrouve son père, Marcelle et Mouta. Roman, le père de Jacqueline, complète cette réunion familiale qui sera pour Gérard un moment de grâce dans cette période sombre.

Une période qui s’assombrit encore plus quand il apprend que s'il reconnaît l’enfant que porte Jacqueline, le bébé sera juif avec toutes les conséquences que cela suppose … La solution : ? Fuir ! Mais où ? A Monaco, où il va jouer dans une dizaine de pièces sans se faire remarquer, aux côtés de Marie Bell, Pierre Dux et Raymond Pellegrin.

Gérard est enfin papa : Danièle naît à Monaco le 3 janvier 1942. Ce grand bonheur est pourtant altéré de l'impossibilité de la déclarer comme sa fille. Monaco devient dangereux pour eux, et la famille se dirige vers le canton de Genève, en Suisse. Jacqueline et Gérard décident de se marier avec de fausses identités sans pour autant que Danièle ne soit reconnue par son père.

1944. Paris est libéré. Gérard et les siens regagnent la capitale. Si Jacqueline retrouve tout de suite le chemin des studios, il n’en est pas de même pour son mari. Néanmoins, celui-ci est engagé par Raymond Rouleau, "un bourreau de travail. Avec Rouleau, en dix ans, je vais apprendre l’essentiel"

Le cinéma …

1947 ! Un petit rôle au cinéma servi par Jacques Becker dans «Antoine et Antoinette» (1946). Peu après, il incarne le roi Charles V dans un «Duguesclin» personnifié par Fernand Gravey (1948).

Période difficile pour Gérard qui voit son couple sombrer. Jacqueline a un autre homme dans sa vie et lui-même a connu une jolie Diane. Mais il y a la petite Danièle … Hélas, sa Mouta qu’il aime tant, quitte ce monde : "Elle emporte la plus douce partie de ma vie". A cette occasion, il trouve le chemin d’une certaine foi chrétienne sans renoncer à sa confession juive. Œcuménique dans sa spiritualité, il se fera un ami du Révérend Père Carré.

Côté cinéma, il enchaîne les rôles ! «Jo la Romance», «La belle que voilà» où il retrouve Michèle Morgan - alors épouse d’Henri Vidal - à qui il doit donner un sauvage baiser d'amoureux. On appelle cela un rôle de composition …

Il enchaînera avec «Sans laisser d’adresse» et surtout «Le passe-muraille» (1950) d’après la nouvelle de Marcel Aymé. Partenaire de BourvilBourvil, il entame avec ce comédien une amitié qui durera au-delà de la mort …

Au milieu des années 50, on le retrouve dans «Les héros sont fatigués», puis, pour un de ses plus beaux rôles, dans «Le dos au mur» (1957), premier film d’Edouard Molinaro sur des dialogues de Frédéric Dard.

Las d’incarner des “sales types”, il va donner une autre direction à son travail en signant, avec André Cayatte, le très beau scénario de «Le miroir à deux faces» (1957), ajoutant à sa carrrière d'acteur un de ses meilleurs rôles dramatiques. Il écrira ensuite, avec Christian-Jaque, une gentille comédie, «Babette s’en va-t-en guerre» (1959).

Mais Gérard ne se cache plus ; il vient de se séparer de Jacqueline et est amoureux de Michèle Morgan. Le 10 décembre 1959, il apprend la mort d’Henri Vidal: Michèle est effondrée et Gérard ne peut que s’incliner devant son chagrin.

1960. La Comédie Française et Raymond Rouleau le rappellent pour le rôle de Don Salluste dans «Ruy Blas». Grincheux, les traditionnalistes de la fameuse Maison ne voient pas la nécessité de faire appel à un comédien “de l’extérieur”. La polémique enfle, nourrie par Robert Hirsh (les deux hommes en viendront aux mains). Mais Maurice Escande le soutient et, le soir de la première, il se fait applaudir par le Général de Gaulle ! Gérard est à nouveau sur un nuage, d’autant plus que Michèle est dans la salle …

«Ruy Blas» …Voyons … Pourquoi faire jouer Don Salluste en troisième couteau ? " …Moi je le distribuerais à un acteur comique ! Louis de Funes par exemple avec comme titre ‘Ruy Blaze’, ou bien ‘les sombres-héros’ ... ou tiens, pourquoi pas, ‘la Folie des grandeurs’ !" …

Peu à peu, le couple Oury–Morgan se forme. Ils vivront une éternelle lune de miel pendant 45 ans, gardant chacun leur “chez soi”. Gérard confiera que tout ce qu’il fera par la suite le sera pour l’amour de Michèle. De leurs côtés, Jacqueline a épousé un américain et Danièle vit aux USA …

Les Réalisations

Depuis un moment, Gérard Oury a envie de se lancer dans la réalisation. Ses activités dans ce domaine sont détaillées dans le déroulement de sa filmographie …

Adieu l'artiste …

Gérard Oury s’arrête de tourner en 2001. Ses dernières années lui seront pénibles, sa vue étant défaillante.

Il nous a quittés le 20 juillet 2006 dans sa maison de Saint-Tropez où il aimait se retrouver avec les siens, sa fille Danièle , ses petits-enfants Christopher et Caroline Thomson et ses arrières-petits enfants, ainsi que toute la tribu de Michèle Morgan.

Il repose à Paris, au cimetière Montparnasse dans le caveau familial. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Bourvil et son rire communicatif , Louis de Funès et ses caprices légendaires , Coluche et sa dérision et quelques autres compères devaient l’attendre là-haut, pour continuer une éternelle grande vadrouille entre eux ! Ici-bas, Il reste pour la plus grande partie du public, celui qui aura su faire rire la France pendant 25 ans , réunissant dans un même bonheur toutes les générations !

Les honneurs et les récompenses

Gérard Oury se vit remettre un César d’honneur en 1993, trophée qu'il offrira à Madame Louis de Funès.

Le 11 mars 1998, il a l’honneur d’être élu à l’Académie des Beaux Arts, au fauteuil de René Clément. Il est reçu sous la coupole du Quai Conti, le 1er mars 2000, enroulé dans la cape de Marcel Pagnol , offerte par Jacqueline Pagnol elle-même.

Il sera fait grand officier de l’Ordre National du Mérite, à l’Elysée, le 20 septembre 2002, par le Président Jacques Chirac. Gérard Oury était également décoré de la Légion d’Honneur et des Arts et Lettres.

Gérard Oury auteur

Il sera l’auteur d’un livre autobiographique tendre, drôle, à l’image de l’homme qu’il était : «Mémoires d’éléphant» (1988). En 2001, il écrira «Ma grande vadrouille», un recueil de réflexions et d’anecdotes sous formes d’abécédaire, très plaisant à lire.

Il se prêtera également au jeu de questions posées par son petit-fils, le réalisateur Christopher Thomson, dans une interview filmée sortie en DVD, «Il est poli d’être gai», une maxime qu’il aimait prononcer.

"Le rire est une chose humaine … C’est peut-être ce que Dieu a donné aux hommes pour les consoler d’être intelligents" écrivit Marcel Pagnol. Alors remercions le ciel de nous avoir donné un tel magicien du rire !

Documents

Sources : «Mémoires d'éléphant» (1988) et «Ma grande vadrouille» (2001) de Gérard Oury, «Sur la route de la grande vadrouille» de Vincent Chapeau, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Gérard Oury : "Réaliser un film c'est aussi merveilleux que réaliser un rêve !"

© Donatienne, juin 2008
(Ed.6.3.1 : 14-8-2013)